Saint-Michel du Médic en Plésidy : historique de la chapelle et de sa restauration

Chapelle Saint-Michel du Médic en Plésidy
Sous le patronage de saint Michel Archange, la chapelle du Médic, dont il est fait mention en 1644, se situait primitivement auprès du village de Troland (Traoñ-lann), à quelques centaines de mètres au sud de son emplacement actuel. Elle se trouve actuellement non loin du village du Médic (parfois écrit Meudic), de l’autre côté de la D 5. Même si son nom est attaché à celui de la famille Cormier du Médic, il est possible qu’elle soit antérieure à l’arrivée de cette famille en Plésidy. Toujours est-il qu’elle fut leur chapelle seigneuriale au moins à partir du XVIIIe siècle. Au départ il s’agissait de la famille Cormier des Longrais, dont on a la trace à Plésidy au XVIIIe siècle. Leur manoir est dans le village du Médic. Il a été victime d’un incendie en 1960, puis en partie restauré par la famille qui l’habite désormais. Blason : De gueules au chevron d’or, accompagné de trois croissants d’argent.
Manoir du Médic et armoiries des Cormier du Médic (dessin de Jean Le Bars)
La chambre des cloches de la petite chapelle porte la date de 1747. En 1794, celle-ci est « signalée en ruines lors d’un rassemblement d’une trentaine de personnes venues « pour invoquer l’Archange de les préserver de l’orage ». Les sanctuaires dédiés à saint Michel sont situés sur des hauteurs, ce qui renvoie à des cultes pré-chrétiens, notamment celui de « Jupiter tonnant », représenté les mains chargées d’éclairs. Michel est représenté terrassant le dragon, image de la victoire divine sur le mal.
Rappelons cependant que, dans la Bible, les hauteurs en général, et particulièrement les montagnes, sont perçues comme des espaces habités par le sacré, où le profane se sépare du divin. La hauteur dans la Bible est bien plus qu’un simple relief géographique : elle est un symbole de transcendance, de rencontre avec le divin, et d’aspiration spirituelle. Monter vers Dieu, que ce soit physiquement ou par la prière, est une démarche de purification, de révélation et de transformation. Dans le christianisme en particulier, la « hauteur » évoque l’amour suprême du Christ, culminant à la Croix et atteignant le Trône céleste.
Chapelle du Médic – Façade ouest (détail)
L’édifice actuel, mentionné en ce lieu dans le cadastre napoléonien en 1843, a été bâti en employant les pierres de l’ancien. Une plaque en marbre située à l’intérieur de la chapelle « atteste que la famille Cormier du Médic est bien la fondatrice-restauratrice de cet édifice ». On peut lire :
A perpétuité !!!
Sont recommandés
Aux prières dites dans cette
Chapelle de St Michel du Médic
Tous les défunts de la famille
CORMIER DU MEDIC
Fondateurs restaurateurs
Yves Rannou, originaire du quartier, a rendu hommage dans son livre Le temps des Moissons à une femme issue de cette lignée et qui fut une bienfaitrice de la paroisse. « Dans un château au Médic, il y avait une noble : la comtesse du Cormier du Médic. Elle était célibataire, très pieuse, pratiquante et d’une grande bonté… La comtesse était une grande voyageuse… Étant dévote, elle allait en pèlerinage jusque sur les terres saintes de Palestine à Jérusalem. » Cette femme, prénommée Marie, a laissé son nom sur la plus grosse cloche de l’église paroissiale Saint-Pierre et Saint-Paul, au bourg de Plésidy. Yves Rannou raconte que la comtesse , habitant alors au manoir, « célibataire, très pieuse, pratiquante et d’une grande bonté » avait fait des dons pour la construction de l’église paroissiale en 1886 ; « Elle fut la marraine de la grande cloche. » Cette dernière a été restaurée en 2025, ce qui nous a donné l’opportunité de la photographier.
Grande cloche de l’église de Plésidy, avec mention de Marie Cormier, comtesse du Médic
Y. Rannou mentionne également le fait que « La cloche de la chapelle [désaffectée] fut transférée à l’école Saint-Pierre [actuellement Skolaj Diwan Bro-Dreger, Collège Diwan du Trégor] où elle sonnait les récréations et l’entrée des classes. » Cette cloche est reproduite dans son livre. Elle est actuellement mise à l’abri en attente de restauration.
Sur la cloche on lit la date : 8 mai 1900, et la devise latine : « Quis ut Deus » Le sens de cette expression latine est « Qui [est] comme Dieu » C’est la traduction du nom « Michel ». Cette formule se retrouve dans différents passages de la Bible, notamment dans le Livre de Daniel, et, pour le Nouveau Testament, dans le Livre de l’Apocalypse. C’est là que l’archange Michel, chef des milices célestes, combat victorieusement le Dragon et ses anges déchus (l’esprit du Mal). Posée sous forme de question, la formule latine sonne comme un défi aux mauvais anges qui se croient les égaux du Créateur.
Ancienne cloche de la chapelle (photo de Valérie Allanic, dessin de Jean Le Bars)
Le pardon autrefois
On lira ci-dessous l’histoire récente de la chapelle et de son pardon, relancé en 1999. Cependant, Yves Rannou donne des indications sur le pardon tel qu’il se pratiquait dans le premier tiers du XXe siècle. « Comme la chapelle était désaffectée, le pardon se faisait à Cailouan le dernier dimanche du mois de septembre. Le samedi soir, il y avait les vêpres en plein air et un rocher servait d’autel. Tous les gens du quartier étaient présents. Une meule de fagots appelée tantad avait été dressée. On y allumait le feu avec un cierge et les flammes s’élevaient vers le ciel. C’était un spectacle magnifique dans la nuit. L’officiant entamait le Te Deum et, à ce moment-là, toutes les rancœurs et les vanités devaient être jetées au feu et on devait repartir l’âme et la conscience apaisées. »
Précision à propos de Cailouan. D’après l’abbé Guillaume Le Cam, ancien recteur de Plésidy et connaissant bien la langue bretonne, l’ancien nom de Cailouan était « Kerlouen ». On peut comprendre « louen » comme une variante de « louan », mot composé de l’ancien mot breton « lou » (lumière) et du diminutif « -an ». Cela pourrait signifier « village recevant de la lumière », ce qui concorde avec sa situation au sommet d’une colline. D’autres explications sont sans doute possibles.
La chapelle restaurée
Chapelle du Médic en 1988
Intérieur de la chapelle du Médic en 1988 (photo Christian Troubat)
C’est en 1998 que fut créée l’association L’Hermine du Médic ; constatant l’état d’abandon de la chapelle réduite à l’état de remise, des personnes ont décidé d’agir. Les propriétaires d’alors décidèrent d’en faire don à la commune. Premier président de l’Hermine : Michel Georgelin. Dès septembre 98, un concours de boules est organisé à la fois pour sensibiliser les gens et pour commencer à recueillir des fonds. Dans la foulée, la charpente intérieure est démontée et mise sous bâche, les ardoises retirées. C’est le temps des premières demandes de subventions.
1999 : le premier pardon aura lieu en septembre, avec messe sous chapiteau. Une convention est signée avec la commune. Et les activités populaires se succèdent.
2004 : David Rohée devient le nouveau président.
En 2003-2004, un habitant du village, André Verbanck, déblaie à la pelle 40 m3 de terre et de gravats qui occultaient la fontaine située de l’autre côté de la route, et qui pourrait remonter au XVIe siècle. Il met à jour la fontaine, son accès, une auge-déversoir, un mur de pierre délimitant un pavage au sol, puis un tronc d’arbre (hêtre ?) creusé en gouttière pour évacuer l’eau. Cette fontaine, qui ne comporte pas de signe religieux, était attachée à la ferme. Vingt ans plus tard… la végétation a de nouveau recouvert ce bel ouvrage.
Deux photos de la fontaine du Médic (non rattachée à la chapelle)
2005 vit la pose de vitraux réalisés par l’atelier Sainte-Marie, de Quintin. Deux sont en pièces de verre serties au plomb, et un troisième, spectaculairement sculpté en hermine dans le mur du chevet, a reçu un saint Michel terrassant de dragon en verre thermoformé (moulé à chaud sur une forme réfractaire). L’oculus inséré dans le mur Ouest reçoit un petit vitrail en hommage aux bénévoles de l’association. Lors du pardon de 2005, l’abbé Bertrand Le Bonniec invita les fidèles à « éviter l’indifférence et à travailler à une société plus fraternelle. »
Vitraux de la chapelle (2005)
Fenêtre en forme d’hermine, avec vitrail thermoformé représentant l’Archange Saint Michel
Oculus inséré dans le mur Ouest avec son vitrail en mémoire de l’association l’Hermine du Médic
Un autel neuf en granit
Le nouvel autel de la chapelle du Médic (2013)
L’ancien autel de la chapelle avait été démonté dans les années 1970 sous le rectorat de l’abbé Guillaume Le Cam, et remonté dans la chapelle Saint-Yves au bourg de Plésidy.
En 2012, Catherine Gautier devient présidente du comité. Elle et son équipe verront en 2013 la mise en place d’un nouvel autel en granit beige venu des carrières Rouzic (Guernanbigot, Le Saint, 56) et en harmonie avec la teinte naturelle des murs. Le sculpteur Fabrice Lentz, de Saint-Fiacre, a taillé les pierres et les a ornés de motifs d’inspiration celtique. Une niche a été aménagée en vue d’accueillir une future statue de l’Archange. Coût : 3800 €.
Des médailles pieuses
La presse indique que les travaux préparatoires à l’établissement du nouvel autel en 2013 ont mis au jour « de vieilles bouteilles contenant des reliques ainsi que des cartes. » Il pourrait s’agit d’un acte de dévotion de la famille Cormier au XIXe siècle. Cinq médailles ont également été trouvées, objets religieux que l’on peut encore trouver dans le commerce. Certains ont pensé que ces médailles avaient été placées par la comtesse Marie Cormier et que les médailles dont il est question pourraient être liées à ses pèlerinages, dont un à Jérusalem. En fait ce sont des médailles courantes et elles constituent sans doute un acte de foi, de dévotion.
Médailles découvertes dans la chapelle du Médic en 2013 : St Paul, le Christ, la Vierge, St Benoît… (Photo : DR)
C’est en août 2013 qu’eut lieu la réception des travaux par Mme Yolande Barbedette, maire, et l’abbé Francis Morcel, curé de Bourbriac, qui procèdera à la bénédiction de l’autel lors du pardon, fin septembre. Valérie Allanic devient co-présidente de l’association.
Une statue de saint Michel est acquise en 2014. Cette même année, le « mur de l’hermine » reçoit un enduit gratté à la chaux, ouvrage de Thierry Ruelle (de St-Fiacre). L’eau de la fontaine est bénie par l’abbé F. Morcel lors du pardon.
En 2019 que l’édifice a reçu une nouvelle porte en chêne massif réalisée par Manu Lainé (de Kérien) ; ses pentures aux motifs floraux sont l’œuvre de Le Gall, alors ferronnier à Magoar.
Porte de la chapelle du Médic, ornée de ses pentures de fer
Depuis, si la fête n’a plus cours, le pardon est toujours célébré le dernier dimanche de septembre, la messe étant suivie du verre de l’amitié offert par L’Hermine du Médic. Grâce à son énergie, en 25 ans la chapelle a pu être restaurée de belle manière, selon les règles de l’art. Que tous ces bénévoles soient félicités pour leur dévouement, et que l’Archange les protège !
Stèle en mémoire des maquisards de Coatmalouen
Stèle en mémoire des maquisards de Coatmalouen
À proximité de la chapelle Saint-Michel du Médic se trouve une stèle érigée en mémoire de cinq maquisards FFI de Coatmalouen. Ces derniers ont été tués au combat contre des unités de l’armée allemande le 27 juillet 1944. Leurs noms : Fernand Bonnet, Jean-Baptiste Galantezec, Jean-Marie Méheust, Jules Orban et Jacques Ponty. Ainsi, la chapelle, source d’espérance dédiée à l’Archange luttant contre le Mal, voisine avec l’hommage à ceux qui ont lutté pour la liberté de notre pays. (Sources : Les Lieux de Mémoire dans les Côtes-du-Nord : Les Lieux de Mémoire dans les Cotes-du-Nord )
Kantik Sant Mikêl / Cantique de Saint Michel
(War don : Nous voulons Dieu. Transcription Bernard Lasbleiz) Paroles établies et traduction par J. Ph.
O Sant Mikêl benniget,
Ni c’houlenn ho skoazell ;
Taolit eur sell war hor bro garet,
Sikourit an Iliz santel.
Taolit eur sell war hon bro garet,
Sikourit an Iliz Santel.
Ô Saint Michel béni,
Nous demandons votre appui ;
Jetez un regard sur notre cher pays,
Aidez la sainte Église.
Jetez un regard sur notre cher pays,
Aidez la sainte Église.
1 – Pa gredas Lusifer ‘n em sevel
Enep Doue, e lein an Neñv,
Sant Mikêl, gant an Aelez fidel,
A zifennas gwirioù Doue.
Lorsque Lucifer osa s’élever
Contre Dieu, au Ciel,
Saint Michel, avec les anges fidèles,
Défendit les droits de Dieu.
2 – Pa ‘voe laret ar c’homzoù euzhuz :
« Non serviam ! Ne blegin ket ! »
Kerkent ‘voe klevet : « Quis ut Deus ? »
Par da Zoue n’eus den ebet! »
Lorsque furent dites les affreuses paroles :
« Non serviam ! Je n’obéirai pas ! »
Aussitôt on entendit : « Quis ut Deus ?
Nul n’est pareil à Dieu ! »
3 – Raktal ivez an Ael gallouduz
A strink an diaouloù war o fenn
Betek donder an ifern spontuz,
En tan e tevint da viken.
Aussitôt également l’Ange puissant
Jette les diables la tête la première
Jusqu’au fond de l’enfer abominable,
Dans le feu ils brûlent à jamais.
5 – Na kaer eo gwelet priñs an aele
Gwisket evel ur brezelour !
E zorn nerzhus a zoug ur c’hleze ;
E droad a flastr an enebour !
Qu’il est beau de voir le prince des anges
Vêtu en guerrier !
Sa main puissante porte une épée ;
Son pied écrase l’ennemi !
6 . Hirie, siwazh ! An droug-speredoù
Eo evel torret o chadenn.
O sant Mikêl, deus lein an Neñvoù,
En o enep deuit d’hon difenn.
De nos jours, hélas ! C’est comme si les démons
Avaient brisé leur chaîne.
Ô saint Michel, du haut des Cieux,
Venez nous défendre contre eux.
7 -Goulennit evit ar vugale
Ma vint sentus ha fur bepred ;
Diwallit ar yaouankiz ivez
A-enep skouerioù fall ar bed.
Demandez pour les enfants
Qu’ils soient toujours obéissants et sages ;
Protégez la jeunesse également
Des mauvais exemples du monde.
8 – Beilhit ouzhpenn, o Arc’hael santel,
War holl soudarded hon arme,
Ma vint d’o dever bepred fidel,
Tud kalonek ha tud a feiz.
Veillez encore, o saint Archange,
Sur tous les soldats de notre armée,
Qu’ils soient toujours fidèles à leur devoir,
Hommes courageux et hommes de foi.
9 – Holl hon eus ezhomm ho sikour,
Rak brezel a zo hep ehan ;
Hon diwallit rak an enebour,
Dreist-holl da eur hon tremenvan.
Tous nous avons besoin de votre secours,
Car il y a la guerre sans arrêt ;
Protégez-nous de l’ennemi,
Surtout à l’heure de notre mort.
Remerciements : Cette notice a pu être rédigée grâce à divers articles glanés ici ou là, grâce également aux notes de Jean-Paul Rolland et au dossier réuni au fil des ans par Valérie Allanic : qu’ils soient chaleureusement remerciés.
Bibliographie :
René Couffon, Répertoire des églises et chapelles du diocèse de Saint-Brieuc et Tréguier (suite – Lanvallay-Saint-Hervé), dans Société d’émulation des Côtes-du-Nord, 1939, tome 71, p. 1-265
Yves Rannou : Le Temps des Moissons (Ed. Le Télégramme – 2005, illustrations de Jean Le Bars que nous remercions de nous avoir autorisés à reproduire ses dessins.) Préface de Yolande Barbedette, alors maire de Plésidy. Postface de Jean-Yves Philippe, maire de Saint-Connan.
Jef Philippe – septembre 2025 (texte et photos, sauf indications contraires)
















