Éditorial de novembre 2026 : « La mort réenchantée » (Pascal Delecour)

La mort réenchantée
Quitte à passer pour un doux-dingue, je l’avoue humblement : j’aime les cimetières!
Je ne résiste pas au détour d’une promenade, ici ou ailleurs, à pousser la porte grinçante d’un cimetière pour y flâner pendant quelques minutes. Louvoyant entre les tombes, je m’arrête devant l’une d’elle. Je lis le nom inscrit sur la pierre tombale, les dates de naissance et de décès, les plaques commémoratives posées dessus et tout cela me raconte une petite parcelle de la vie du défunt. Répétant l’exercice sur plusieurs tombes, c’est parfois l’histoire d’un village ou d’un quartier qui se dévoile. J’aime aussi les cimetières car on y trouve le calme et le silence si précieux dans nos vies bousculées et parce que la nature s’y déploie : les fleurs qui ornent les sépultures et où butinent les abeilles, les oiseaux qui accompagnent les prières par leurs chants, les arbres qui semblent veiller sur les tombes en les protégeant de leurs branches. Certains voient dans les cimetières des lieux de commémoration. Moi, je veux y voir plutôt des lieux de célébration ! Célébration de la vie et célébration de la Création tout entière tant il est vrai que la mort fait partie de la vie et nous replace dans le temps et dans l’espace : le Cosmos dirait le théologien…
Mais la mort a mauvaise réputation. L’évolution de notre société a abouti à sa mise à l’écart : on ne meurt plus chez soi entouré des siens mais bien souvent dans l’anonymat d’une chambre d’hôpital. On ne porte plus le deuil. On apprend par hasard le décès d’un voisin… On a éludé la mort car elle fait peur à ceux qui la considèrent comme la fin de tout puisqu’ils n’attendent rien d’un « après » si ce n’est le vide, le néant et l’oubli. Il en est certains qui ont bien compris leurs intérêts à en faire un marché très lucratif en jouant sur cette peur[1] et d’autres (parfois les mêmes) qui, prétextant une prétendue « dignité » seraient prêts à l’offrir sur ordonnance[2].
Mais la mort ne peut pas faire peur au disciple du Christ. L’Apôtre Paul dans la lettre aux Philippiens nous le rappelle : « Pour moi, vivre c’est le Christ, et mourir est un avantage ». Le vrai disciple ne conçoit pas la mort comme une séparation ou une rupture mais comme une union avec Dieu, alors la mort devient le point culminant, ultime et définitif de notre vie : l’union de la Créature avec son Créateur. En cela, la mort n’est pas à redouter ni à regretter. Elle est là, l’Espérance chrétienne.
Quand on aime une personne, on veut le meilleur pour elle et, après avoir vécu son pèlerinage sur la terre des hommes, on ne peut que se réjouir de son union avec le Divin et la célébrer… en allant dans les cimetières par exemple.
Pascal Delecour, diacre
[1] Cf « Les Charognards » Enquête sur le business de la mort par Suzanne Huguerre-Cousin et Matthieu Slisse Édition du Seuil
[2] Cf Discours de Léon XIV à l’Elysée le 25 septembre 2026.
